Textes

"Au-delà d’une approche photographique qui se voudrait purement esthétique, le travail de Léna Maria se lit comme un parcours humain en chemin vers l’intime. C’est au cours de son expérience au Maroc que se révèle son oeil photographique, il se confronte aux paysages désertiques, puis aux hommes et aux femmes qui y vivent et enfin, à la femme qui sommeille en elle. À Marseille, elle continue sa recherche autour de l’homme en travaillant à réinsérer l’être humain dans la nature. L’horizon s’élargit, les vagues et l’écume ne créent non plus uniquement un mouvement extérieur mais un bouleversement de l’intime.
 

Son parcours photographique commence enfermée dans une voiture, sa série Road(s) la révèle telle une enfant ballotée dans la vie sur un siège arrière, à travers les terres arides. L’oeil tourné vers l’extérieur, rien ne l’incite à regarder ailleurs, c’est là que se trouve la lumière.
 

Quand elle parvient à s’extraire de cette boîte noire, la violence de la série Aïd el K’bir s’explose sur le carrelage comme une vérité au visage. Le rapport de l’Homme à l’animal et de l’Homme-animal bouleverse. Qui donc est l’animal? Le contraste du sang sur le marbre, les lignes nettes et sublimes du fluide écarlate offrent une chaleur esthétisante à un acte sordide. On ne sait par quel miracle, les photos de Léna Maria parviennent soudain à extraire du sublime d’un massacre.

L’horreur sous les yeux fait écho dans l’intime et l’appareil photographique se retourne vers elle. L’auto-portrait jugule une auto-fiction qui déborde, qui est donc cette femme dont la féminité explose comme une grenade tenue trop fermement dans une main? Ses séries Burn, puis Ressac la confronte à elle-même, ce qui doit surgir déborde. Les cheveux dans les yeux, le flou naît de la torsion, de la crise, de la colère. Les images deviennent sonores, elles émettent des cris, on entend soudain une femme ou est-ce un animal, qui cherche à se libérer d’on ne sait quel joug.

Et c’est enfin chose faite, la mer a ouvert l’horizon, les vagues, les remous, le ressac et l’écume ont battu les coloris, les émotions et la fureur. Dans sa série W. l’Humain se libère, la Femme et l’Homme ne sont plus qu’un seul et même être dénué de sexe qui se réfugie dans la nature comme un enfant dans sa cabane, comme un animal sauvage dans son terrier. La nature humaine se remet en perspective, sereine, c’est face à la mer, sa mère nature, que l’Humain se retrouve tel un roc, pareil à un enfant cherchant la paix dans le giron maternel.

Face aux photos de Léna Maria, le spectateur a le choix, il peut se contenter de la beauté graphique des lignes, des paysages et des couleurs ou se laisser porter par la résonance humaine, plus tortueuse et inconstante, plus mystérieuse et complexe, mais néanmoins universelle. "


Anne-Claire Ronsin
Comédienne - Traductrice



 




Par Chloé Baudry à l'occasion de l'exposition "Picasso à la mer" 


"Topographie intime.


Invite à l'observation et au dénuement, la série « The Call » forme une succession de percées vers l'extérieur. Face à elles, on prend la mesure de ce qui se déploie devant nous : on s'attarde sur les lignes de crêtes et anfractuosités. Dans ce paysage, une femme trouve sa place sur une arête, au creux d'une langue de roche, près des matières qui cèdent et se rencontrent. Sur ces territoires, le corps fait l'expérience de la limite. Il est un sédiment, une mémoire, qui se dépose face à l'horizon.


C'est un appel à faire se rejoindre la matière de l'intime et de l'universel, que Léna Maria imprime avec cette série de photographies. Dans ces fenêtres des bords de mer, c'est un autre rivage qu'elle dessine ; une topographie intime qui mêle les matières, les temps et les formes du vivant."
 


« Intimate topography.
By inviting to observation and destitution, « The Call » is a set which shapes a succession of openings towards the outside. Facing them, we assess what is spreading out in front of us: we linger on the ridges and in the crevices. In that landscape, a woman finds her way on a crest, hollowed in a rock, close to the materials which mean to break and meet. On theses territories, the body experiments the limits. It is sediment, a memory that drop itself off, facing the horizon.
With that set of pictures, Léna Maria prints a call inviting the intimate and the universal matter to meet. Into those seaside windows, she is drawing an other shore, an intimate topography mixing the materials, the times and the shapes of the living.”


Chloé Baudry
 


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